Les tribulations d’une concoureuse à Lille (4)

Nous voilà au troisième et dernier jour de ces oraux, même si je suis censée repartir le lendemain par le TGV de 11h35, et non le soir même.

Après une nuit agitée passée à me refaire l’épreuve d’ELE dans mes rêves (avec bien évidemment des résultats de plus en plus désastreux à chaque nouveau “passage”), je me lève pour revoir mes résumés des IO; encore une fois, on ne se refait pas. Deux heures passent ainsi; nous sommes maintenant en fin de matinée, et me voilà en chasse dans les rues de Lille pour trouver une pharmacie et supplier qu’on me remette, en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes, de la crème contre les piqûres d’insectes. Car dans ma chambre d’hôtel, au cours des deux dernières nuits, s’est tenue une série d’orgies dont les bénéficiaires ont été quatre ou cinq moustiques absolument horripilants. Et c’est qu’ils ont bien bâfré, les sales: j’ai compté pas moins de 57 piqûres, après quoi j’ai arrêté de compter, en fait.

C’est fort consciente de ce que mes jambes avaient sans doute l’air fort peu ragoûtantes, sous ma jolie petite jupe noire, que je retourne au lycée à 13h30 pour mon épreuve de didactique. Une fois les sujets distribués, je retrouve espoir: un dossier pour une classe de seconde (trois pages de manuel, trois pages de préparation de l’enseignant pour une séquence sur ce même manuel), IO de 2002, fait culturel, approche communicative-actionnelle — et au milieu, une jolie tâche. En d’autres termes, à peu près les mêmes bases que pour le dossier que j’avais eu lors de mon unique colle d’EPP. Comme quoi, les concours, c’est aussi une question de chance. Armée de cette conviction: “Je peux le faire, et je peux réussir”, je me plonge immédiatement dans le dossier et dans mes feuilles de brouillon, pour ne relever la tête qu’au moment de me rendre devant mon jury.

Je leur fait le parfait petit numéro: vocabulaire didactique, français très soigné, me donner l’air d’y croire vraiment (bon, j’y croyais vraiment, c’est exact). Le jury, un homme et une femme (désolée, je n’ai pas retenu leurs noms), est là aussi très tranquille, très comme il faut, très neutre. Je commence tout de même à m’inquiéter sur la fin: au bout de tout juste quinze minutes d’entretien, ils m’annoncent que c’est bon, je peux partir. Soit j’ai bien réussi et ils n’ont plus rien à me demander, soit j’ai complètement échoué et ils ne savent même plus quoi poser comme questions pour me repêcher. Je décide de me focaliser sur la première option, portée par mon impression de résultat-neutre-mais-tendant-vers-le-positif. Il est 17h, et pour être honnête, moi aussi j’en ai marre.

Ca y est, c’est fini, et advienne que pourra. Je retrouve à l’extérieur plusieurs membres de la prépa CAPES; après moultes discussions, notamment avec une autre candidate qui repart pour Paris le soir même et nous offre gentiment toute la nourriture qu’elle n’avait pas mangée, nous nous dirigeons vers le cente-ville pour boire une bière sur la place De Gaulle, puis quatre d’entre nous achèvent la soirée dans une petite crêperie, le Repaire du Lion, aux recette forts intéressantes (comme par exemple “galette de sarrasin aux pâtes carbonara”).

Pour ce qui est du lendemain, je l’ai passé à me promener et à errer à nouveau dans les rayons du Furet. Ensuite, direction la gare et retour dans mon grand Est natal pour deux semaines de glandage total en attendant les résultats. Comme tout le monde, j’étais bien évidemment anxieuse, mais l’épreuve d’EPP m’avait tout de même un peu requinquée. Je dirai que je me suis préparée psychologiquement à ne pas avoir ce concours, pour atténuer le choc éventuel; d’un autre côté, je gardais espoir. Un drôle de mélange.

Et pour clôturer cette mini-série de billets, une note concernant l’EPP: mon impression était pour une fois bien justifiée, puisque le jury m’a mis un joli petit 14. Ce qui fait que j’ai finalement mieux réussi les oraux que les écrits — un comble, pour moi qui misais plutôt sur les écrits à la base.

Conclusion: je ne peux que réitérer ma précédente affirmation, celle qui consiste à ne pas se laisser démonter et à rester concentré jusqu’au bout en dépit des impressions parfois contradictoires et presque toujours totalement fausses que l’on peut avoir concernant ses propres performances!

Les tribulations d’une concoureuse à Lille (3)

La préparation de la honte

Le 2 juillet, nous entrons directement dans le vif du sujet: l’épreuve d’ELE. Forte de ma détermination à tout écraser sur mon passage (c’est ça ou paniquer, de toutes manières), je me rends au lycée Pasteur, une demi-heure avant l’heure de début officiellement annoncée. Ceci nous avait été recommandé lors de la réunion, afin d’éviter des retards dûs lors de l’appel. Dans le hall, on nous appelle donc un par un pour vérifier qui est là, puis tout le groupe est envoyé dans la salle de préparation… vingt-cinq minutes avant le début de l’épreuve. Juste ce qu’il faut pour bien laisser monter la nervosité. Tout le monde sort sa petite bouteille d’eau, sa convocation, ses papiers d’identité, joue avec le dictionnaire de civilisation posé sur la table, tout en observant un silence de rigueur, il semblerait, puisqu’on entendait les mouches voler.

Puis le sujet est amené et distribué, et il est temps de commencer. Je regarde les feuilles sur ma table: un extrait de A Room with a View d’E.M. Forster, un document parlant de la démocratisation du tourisme entre le XVIIIème et le XXème siècle, et une gravure tirée de Punch représentant un groupe de touristes très victoriens attablés dans un restaurant. Grand moment de solitude. Alors oui, heu, je vais tous les exploser… certes, certes… il faudrait d’abord à savoir par quel bout prendre ce sujet, qui, soyons honnête, 1) ne m’intéressait pas, 2) ne m’inspirait pas. Vous me direz qu’on n’est pas là pour ça, et je suis bien d’accord.

Bref, je commence par les faits de langue. Un double THAT, une phrase complexe avec object to subject raising et un HAVE-EN. Des choses relativement classiques, mais qui me prennent trois bons quarts d’heure, pour la bonne et simple raison que justement, j’avais beaucoup de choses à dire (les phrases complexes, c’est mine de rien mon point fort). Tout va bien, Madame la Marquise, tout va très bien. Puis arrive le moment de traiter le dossier de synthèse, et là, tout va beaucoup moins bien. Il faut dire que trente minutes avant la fin de la préparation, j’étais encore en train de réorganiser mon plan. Lamentable, je vous le dis. J’espère que ce n’est pas comme ça que je vais préparer mes cours pendant le restant de ma carrière.

Fort heureusement, je suis assez douée pour improviser et faire semblant que je maîtrise la situation alors que je suis mentalement en train de me faire dessus, et c’est avec mes espoirs placés dans cette capacité (et beaucoup moins de confiance en moi, mine de rien) que je suis l’appariteur qui nous mène tous aux salles des jurys. Rien à redire sur le jury qui a eu à subir ma “performance”: trois femmes, très correctes, gentilles mais pas trop, rien qui ne sorte des sentiers battus. Le grand moment est arrivé: à moi de les convaincre que je crois en ce que je dis.

The Good, the Bad and the Downright Stupid

The Good: les faits de langue, tenus en 10 minutes montre en main, comme il était initialement prévu. Je croise intérieurement les doigts pour que le barême des FDL soit élevé, mine de rien…

The Ugly: la synthèse. Avec mon plan réorganisé trois fois au dernier moment et bourré de flèches partant dans tous les sens, en dépit des codes de couleur ajoutés à la va-vite pour mieux m’y retrouver, je me perd bien entendu dans mes propres sous-parties. De plus, à peine ai-je commencé ma conclusion que c’est déjà l’heure de passer à l’entretien; ceci n’est pas un bon point pour moi. On me cuisine ensuite sur le document iconographique, sur lequel j’ai réussi à faire un petit contresens en lisant trop vite la légende lui étant associée, et que je n’ai pas exploité aussi bien que je l’aurais dû. Pendant tout l’entretien, j’ai la nette impression que le jury cherche à me repêcher.

The Downright Stupid: la compréhension-restitution. Pas très difficile: un document traitant de la tuberculose dans certaines populations au Canada. Je comprends et note beaucoup de choses, y compris la liste des noms des enfants atteints de la maladie. Hélas, dans mon souci de parler de façon intelligible, je vais un peu trop lentement pour la quantité d’informations à caser, bute à un moment sur une ligne que je n’arrive plus à relire, et me retrouve coupée au bout de 4 minutes avec encore la moitié de ma feuille restée à l’état de non-dit. Sans compter mon temps fort dans la stupidité: une fois l’écoute terminée, la voix enregistrée dit bien d’enlever immédiatement le casque; eh bien non, il faut que ce soit le jury qui me fasse un signe de tête pour que je m’exécute, car déjà j’étais plongée dans ma relecture et organisation de notes, ayant complètement oublié le lecteur MP3.

Je suis sortie de cette épreuve convaincue que ça commençait très, très mal. Pour me consoler un peu, je suis allée faire un tour au zoo du Parc de la Citadelle, puis au Furet, car rien ne vaut de déambuler dans cinq étages de livres et de papeterie pour me remonter le moral.

Ceci dit, s”il y a bien UN conseil que je peux donner concernant une épreuve s’étant déroulée de la sorte, c’est le suivant: ne vous découragez pas. N’allez surtout pas vous dire que ce n’est pas la peine de vous présenter pour l’EPP le lendemain, ou quoi que ce soit du même genre. Gardez la tête haute, faites de votre mieux pour vous convaincre que vous avez encore une chance (oui, on peut avoir ce CAPES même avec des notes en dessous de 10), et donnez le meilleur de vous-même le deuxième jour comme vous l’avez fait le premier.

(Pour information,  à cette épreuve que j’avais “lamentablement ratée”, j’ai obtenu 12,33. Comme quoi, les impressions que l’on a en sortant de la salle du jury peuvent être très trompeuses, et mieux vaut ne jamais s’y fier.)

Les tribulations d’une concoureuse à Lille (2)

Revenons-en aux trépidantes aventures de Y dans le Nord, à la recherche d’un raccourci qu’elle ne trouva jamais… ah, non, ça, ce n’est pas la bonne histoire.

J’étais donc dans mon TGV de 6h11, environnée de gens dont les organismes devaient, tout comme le mien, se demander pourquoi ils se trouvaient là et pas dans leurs lits. Heureusement, un demi-paquet de craquinettes m’a vite remise d’aplomb. Un haussement de sourcil très spockien plus tard (il faut dire que je venais de contempler la “gare” Lorraine-TGV, et me demandais qui diable avait eu l’idée de perdre cette plate-forme au fin fond de la campagne), je me lance dans un peu de lecture, puis – on ne se refait pas – dans des révisions de faits de langue. C’est avec surprise, comme le temps passe vite, que je me retrouve soudain à 10h15 en gare de Lille-Europe. Pas plus démontée que cela, je sors de la gare, et me vois accueillir par une structure d’une laideur incomparable, j’ai nommé EuraLille. Bon, au moins, je saurai où aller acheter un sandwich à midi.

Etape suivante: trouver un plan du centre-ville. Ledit plan confirme que je possède une capacité étonnante: celle de ne pas me perdre quand je marche au hasard, mais confiez-moi un plan, et c’est la Bérézina. Tant bien que mal, je finis tout de même par trouver l’Etap-Hotel où j’avais pris une chambre, et y laisse mon bagage: eh oui, les chambres ne sont pas disponibles avant midi. Qu’à cela ne tienne, j’en profite pour partir en reconnaissance au Lycée Pasteur, qui se trouve à bien cinq minutes de là. J’y croise d’ailleurs F, un compatriote d’infortune, sortant de son épreuve de didactique et fort heureux d’en avoir fini avec tout cela.

A 14h, je suis de retour au lycée, où là encore je croise d’autres galériens de ma classe, N et T, ce qui nous permet d’évacuer un peu de stress en papotant de choses et d’autres, plutôt que de piétiner comme des ours en cage. Il paraît d’ailleurs que je fais baisser le stress des gens rien qu’en étant là. Ce doit être une question de phéromones – ou d’aptitude à déblatérer idiotie sur idiotie à la chaîne. A 14h30, nous nous engouffrons dans la salle de réunion, et je comprends que ça ne va pas être facile: N et moi trouvons tout de suite que le président du jury (toutes mes excuses par avance) ressemble à l’Empereur Palpatine dans Star Wars, surtout quand il nous sourit. Point positif: on ne s’inquiète pas pour ses oraux quand on passe une heure à se retenir de rire.

Mais si la réunion s’est bien passée, le plus dur reste à venir. Je suis convoquée le 2 à 10h15 pour l’ELE, et le 3 à 13h45 pour l’EPP. Pleins d’ardeur, nous nous jurons en nous quittant que “on va leur mettre plein la vue” et que “les meilleurs, c’est nous”. Après quoi je m’en vais traîner un peu à la Citadelle, car il est hors de question de réviser encore maintenant.

Et bien évidemment, comme il fallait faire honneur à ma réputation de geekette, je n’ai rien trouvé de mieux à faire que de me réfugier à 21h dans le hall de l’hôtel avec mon netbook afin de gentiment profiter du WiFi gratuit. Là non plus, on ne se refait pas…

Les tribulations d’une concoureuse à Lille (1)

Tout comme j’étais revenue sur le déroulement de mes épreuves d’écrit, voici maintenant un billet consacré à celles de l’oral. Vous allez voir que ça n’a pas été triste. Moi aussi, j’adore qu’un  accroc se déroule sans plan.

Mercredi 1er juillet: un tramway nommé enfer

Le jour tant attendu (et redouté) était enfin arrivé. J’étais convoquée à la réunion d’information à Lille pour 14h30, et comme je ne pouvais pas me permettre une nuit d’hôtel avant cela, j’avais donc réservé une place dès le 29 mai sur le TGV de 6h11. Par conséquent, un minimum prévoyante comme à mon habitude, j’étais partie de chez moi très tôt pour prendre le Tram D de 5h25, qui ne met après tout que 15 minutes de chez moi à la gare. Tout allait bien, me direz vous, il faisait beau, le ciel était bleu, les oiseaux chantaient, les voitures polluaient…

Et là, le tram ne vient pas.

Je commence doucement à faire les cent pas sur le quai avec mon Trolley Indicible (violet avec de grosses bulles mauves… je n’ai honte de rien). Un jeune couple erre aussi de ci de là, guettant l’arrivée de la rame salvatrice. Vers 5h35, voyant que les autres trams circulent, mais que visiblement le nôtre s’est endormi quelque part en route, ils décident tout deux de se rendre à pied sur leur lieu de travail, plutôt que de risquer d’être encore plus en retard. A ce stade, je m’inquiète vraiment. Il y a bien un autre TGV aux alentours de 9h, mais sans réservation, cela risque de poser problème…

Il est maintenant 5h40. Une rame E arrive, qui n’est hélas pas la bonne. Toutefois, dans un instant d’illumination, je me rappelle que la ligne E croise la ligne A qui, elle, passe également par la gare. Toujours pas de D en vue: je me jette donc dans le E pour descendre deux arrêts plus loin et rattrapper l’autre rame.

Qui ne vient que dans 8 minutes. Huit minutes passées le nez sur ma montre. Quand enfin je suis dedans, je regarde défiler les arrêts en me répétant que j’y serai à temps, mais si, j’y serai à temps. Depuis cet arrêt, je n’en ai que pour 10 minutes, après tout… mais seulement si le tram ne s’arrête pas, pour quelque raison mystérieuse, à la plate-forme d’échange du centre-ville pendant de longues minutes qui me paraissent une éternité. Il est 5h59… 6h… 6h01… Je dois être dans le wagon à 6h09 au plus tard. Ca y est, je n’y arriverai pas, j’en suis certaine, à présent. Et si on ne me laisse pas monter dans le prochain TGV, je ne pourrai être à la réunion, et peut-être, non, sans doute même qu’on ne me laissera pas passer les épreuves ensuite, n’est-ce pas?

Je me dois d’avouer qu’à ce moment précis, alors que j’ai tenu bon toute l’année, j’ai fondu en larmes. Juste deux minutes, dans mon coin du wagon. Tout le stress, toute la tension, toute la fatigue me sont tombées dessus; j’imaginais déjà le pire. (Avec le recul, c’était une bonne chose: j’étais bien “zen” après, comme on dit.) Je ne sais pas ce qu’ont dû penser les gens autour de moi, et je m’en moquais bien. Si par le plus grand des hasards, vous étiez dans le tram A ce jour-là, entre 6h et 6h05, et que vous avez vu pleurnicher un truc trapu, vaguement féminin, habillé en noir et assis sur un Trolley Indicible à sangloter entre deux jurons bien sentis, eh bien, maintenant, vous en connaissez la raison.

Puis le tram est reparti, aussi mystérieusement qu’il s’était arrêté, pour arriver à la gare. C’est là que j’ai remercié tous ces mois passés à faire mon jogging du matin le long des quais, car j’ai volé dans les escalators, mis en pratique mon compostage-jutsu pour valider mon billet dans avoir à m’arrêter ne serait-ce que pendant une seconde, fait preuve d’une réussite critique sur mon jet d’Orientation et de Repérage de train, et, enfin, effectué un bond et un roulé-boulé des familles (enfin, presque) pour me rétablir, saine et sauve et surtout à l’heure, dans le premier wagon de TGV qui passait. J’ai presque été déçue de ne pas entendre des applaudissements autour de moi.

Il était 6h09, et quelques secondes plus tard, le contrôleur est venu fermer les portes du train. Ca y est, j’étais dedans! Sans trop arriver à y croire, d’ailleurs. C’est là que j’ai enfin pu pousser un soupir de soulagement, et m’atteler à une activité hautement onstructrice: fixer d’un oeil bovin le paysage par la fenêtre… car revoir une dernière fois mes cours de faits de langue, après tant d’émotions, non, vraiment, je ne pouvais pas.

Rétrospective: les écrits

De toute évidence, j’aurais dû faire cela tout de suite après les épreuves, mais à ce moment-là, l’idée de créer un blog consacré à tout cela n’avait pas encore germé — et mes propres tendances à une sorte de superstition idiote (“if I do this, I’ll jinx myself”) auraient de toutes façons fait que je n’aurais même pas créé un compte WordPress pour commencer.

Ceci dit, j’aimerais quand même bien revenir sur ces trois jours de mars, notamment parce que je semble avoir le chic pour passer mes épreuves dans des circonstances a priori pas très favorables (et preuve s’il en est besoin, d’ailleurs, que la malchance, cela existe, mais qu’elle ne signifie pas nécessairement l’échec).

Premier jour:

Nous sommes le mercredi 11 mars au petit matin, et je dois avoir quelque chose comme quatre heures de sommeil derrière moi. Non pas tant à cause du stress accumulé qu’à cause d’un voisin visiblement pompette qui, en rentrant à une heure indue de la nuit, a confondu la sonnette de mon appartement avec l’interrupteur de la lumière du couloir. Impossible de me rendormir après cela. La journée commence bien.

Ensuite, à 8 heures tapantes, le sujet posé sur la table, nous découvrons avec horreur que le commentaire porte sur la question de civilisation américaine — je dis “avec horreur”, car c’est, du point de vue méthodologique, la seule chose que nous n’avions pas vraiment eu le temps de pratiquer (un cafouillage lors du concours blanc de janvier nous avait laissés avec deux sujets de dissertation et aucun commentaire). Vous me direz: “vous n’aviez qu’à pratiquer chez vous.” Certes. Chose que je n’ai pas faite par manque de temps. But there’s no use crying over spilt milk, right? Mon dernier commentaire de civilisation remonte à février 2007, en licence, dans des conditions tout sauf optimales, et il faudra donc faire avec cela.

Vaille que vaille, nous nous mettons au travail, la peur au ventre et fort peu inspirés par le discours de JFK servant de support au sujet; au sortir des épreuves, le bruit court d’ailleurs que dans une autre académie, les étudiants ont étudié ce même texte en classe. Nous nous voyons déjà tous affublés de notes catastrophiques.

Pour dire à quel point ce sujet m’a mise sur les nerfs, j’en ai oublié de manger à midi. C’est une chose qui ne m’arrive que très rarement.

Deuxième jour:

L’atmosphère est à la fois tendue et paradoxalement calme: crainte d’un sujet de dissertation difficile, mais aussi pensée, qui se veut rassurante, que “ça ne pourra pas être pire que le sujet de civilisation”. Nous retournons les sujets: “Les règles du jeu dans Jane Eyre. Immédiatement, je me jette sur mon stylo pour décortiquer les mots-clés, et je ne vois pas le temps passer. Ce sujet à un je-ne-sais quoi qui m’inspire bien (je suis loin d’être la seule, on dirait), et je m’en donne à coeur-joie. Pour la première fois de mon existence, je prends véritablement plaisir à rédiger une dissertation, et je peux même dire que je me suis en fait amusée. Je m’attendais à une bien meilleur note que celle que j’ai finalement eue, mais peu importe: cette journée-là m’a semblé beaucoup moins longue et épuisante que la précédente.

Troisième jour:

Epreuves de thème et de version. Je me rends bien tranquillement au centre d’examen, prenant même le temps d’aller m’acheter un livre de cuisine en route: la traduction a toujours été et reste mon point fort, et je ne suis pas inquiète. Les sujets n’ont rien de surprenant; tous deux sont du niveau de ce à quoi on nous a habitués durant l’année scolaire, et je m’y attelle de façon automatique, finissant au bout de quatre heures au lieu de cinq, comme à mon habitude. Je n’ai rien revu dans les deux ou trois semaines précédents (ne faites pas comme moi: si vous avez du mal, révisez tout de même votre vocabulaire), mais ayant passé un nombre de semaines conséquentes, depuis la deuxième année de licence, avec le nez dans Le mot et l’idée 2, je suis tout de même parée à beaucoup de choses.

Une fois sortis du centre d’examen, accordez-vous quelques jours de repos, puis dites-vous que vous êtes admissibles, et mettez-vous à vos travaux pour les oraux. Les impressions que l’on retire des ses propres performances ont été, en tous cas dans le cadre de notre promotion, des plus faussées. Il serait dommage de se retrouver admissible et d’échouer ensuite aux oraux parce qu’on se sera mis à la didactique en dernière minute.

Quant aux quelques jours précédant les épreuves: nos enseignants nous avaient dit de ne plus faire de révisions de dernière minute, et ils avaient bien raison. Allez faire un tour en ville, à la campagne, du shopping, de la marche, du vélo, bref, videz-vous un peu la tête (à moins que l’absence de révisions de dernière minute ne vous stresse vraiment psychologiquement parlant). Mais toujours est-il qu’il ne faut plus passer dix heures par jour sur ses cours. Le cerveau aussi a besoin d’air avant un marathon comme celui-ci.

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